« 19 janvier 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16362, f. 59-60 ], transcr. Audrey Vala, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4608, page consultée le 13 mai 2026.
19 janvier [1846], lundi, midi ½
J’ai déjà absorbé mon bonheur de la journée, mon cher amour, aussi je voudrais être à ce soir pour avoir ma seconde ration. À peine t’ai-je vu que j’en suis aux regrets et aux désirs, c’est toujours comme cela. Les jours ont beau se succéder, les incidents de ma vie sont toujours à peu près les mêmes : te désirer de longues heures, te voir quelques minutes dans la journée un peu plus tôt ou un peu plus tard. Hier pourtant tu es venu plus tôt que je ne t’attendais et tu es resté le plus que tu as pu, aussi étais-je la plus heureuse des femmes. Si tu avais pu voir ce qu’il y avait de joie et de bonheur dans mon cœur tu aurais été bien récompensé du sacrifice que tu me faisais. Aujourd’hui je vis sur le souvenir de cette douce soirée. Quoiqu’il n’y ait pas de Chambre, je sais tout ce que tu as à faire, et je ne t’attends pas plus tôt que d’habitude. Je serais bien agréablement surprise si tu venais t’installer auprès de mon feu pour n’en plus sortir d’ici au dîner. Mais je ne veux pas me faire d’avance cette illusion pour n’avoir pas le chagrin de la déception ! Jour Toto, jour mon cher petit o l’H haussée dans thym1. Voime, voime, que je vous y prenne pôlisson et vous aurez affaire à moi. C’est bien assez de votre sarmentdesséché pour vous immortaliser dans les dessin[Dessina]. Je n’ai pas besoin que vous ajoutiez avec le célèbre Richi de yeux plus ou moins rouges. Vous êtes pair de France, contentez-vous de cette jovialité et baisez-moi.
Juliette
1 Il s’agit d’un calembour, Juliette fait référence à la Rue de la Chaussée - d’Antin qui se trouve actuellement dans le 9e arrondissement de Paris.
a Dessin :

« 19 janvier 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16362, f. 61-62], transcr. Audrey Vala, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4608, page consultée le 13 mai 2026.
19 janvier [1846], lundi soir, 6 h.
O tu es bon, mon Victor. O je t’aime. Je t’aime tant que je voudrais verser le trop
plein de mon amour et de mon admiration dans tous les cœurs. Je le pourrais sans en
être appauvrie, car je suis de la nature de certains arbres qui donnent d’autant plus
de fruits et des plus beaux selon qu’on les récolte en leur temps. Je te dis cela
comme je peux mais ce que je sens est au-dessus de toute l’éloquence, de toute la
poésie et de tout le génie humain. Il y a des moments où je crois que le bon Dieu
m’a
faite d’un morceau de lui-même pour te comprendre, t’admirer et t’adorer.
Je ne
te verrai plus que cette nuit et j’ai donné congé à Suzanne pour toute la soirée. Je vais donc penser à toi et te désirer
dans le silence et dans le recueillement. Quand tu viendras, je t’accueillerai avec
mon plus doux sourire, avec mes plus tendres baisers, avec tout mon cœur sur les
lèvres et toute mon âme dans mon regard. Je ne veux plus qu’il reste sur mon front
une
seule trace de tout l’ennui et de toute l’impatience que m’aura causé ton absence.
De
ton côté, mon Victor bien aimé, pense à moi, aime-moi et désire-moi. Je suis sûre
que
je le sentirai malgré la distance et que mon cœur en sera consolé ! Tâche de venir
le
plus tôt que tu pourras et sois-moi bien fidèle. Dans cette dernière recommandation,
il y a la prière de toute ma vie. Je baise toute ta divine et ton adorable petite
personne depuis la tête jusqu’aux pieds.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
